« Le dentiste dit qu’apparemment, je grince trop des dents quand je dors.
– Ah bon ? Tu es stressé en ce moment frérot ? »
Tu n’as pas envie d’aborder le sujet. « Je ne crois pas, c’est sans doute anodin. »
Mathieu ne pose pas plus de questions. Au lieu de ça, il se met à évoquer la fois où tu t’es cassé une dent de lait parce qu’il t’avait renversé par accident.
Vous sortez dîner et vous échangez des nouvelles, mais tu es quelque peu distrait par l’anxiété latente tapie dans un coin de ta tête. Bien que tu apprécies la compagnie de ton frère, tu aimerais par-dessus tout rentrer chez toi et te cacher du reste du monde. Ça devient difficile pour toi d’essayer d’étouffer tous ces sentiments douloureux et de faire comme si tout allait bien quand ton dentiste peut savoir ce qu’il se passe dans ta tête. Tu te sens embarrassé et faible, et tu te détestes pour ça. Tu te demandes si tu parviens vraiment à convaincre qui que ce soit que tu es normal, et si ton frère sait ce qu’il t’arrive et passe la soirée avec toi par charité. Après qu’il t’a déposé chez toi, tu jettes la gouttière, ne supportant même pas la vue de cet objet.