Tandis que ta mère te regarde avec insistance en attendant ta réponse, tu ressens une forte envie de fuir. Tu as déjà eu cette discussion avec ta mère et tu sais très bien que ce que tu diras sera un mensonge ou entraînera un sermon. Les connaissances que tu as croisées dans la journée te font déjà sentir comme un raté, tu n’as pas envie que ta famille, aussi attentionnée soit-elle, en remette une couche.
« Excusez-moi, je reviens. » Tu te lèves de table et te diriges vers les toilettes, même si tu n’as aucune envie pressante. Tu fermes la porte derrière toi et restes assis, la tête dans la main. Les pensées dévalorisantes habituelles défilent dans ta tête. Au moins, tu n’as pas à subir le regard de qui que ce soit. Même si tu aimes ta famille, tu as vraiment l’impression qu’elle ne te connaît pas et ce genre de soirées t’épuise. Tu aimerais tellement dire ce que tu ressens, que tu as le sentiment d’être perdu, de n’être à ta place nulle part, sans savoir comment faire pour aller mieux.
Tu es interrompu dans tes pensées par Mathieu qui frappe à la porte. « Hey frérot, ça va ? Tu es là-dedans depuis un moment.
– Oui, juste un peu nauséeux.
– Dis-moi si tu as besoin de quelque chose. Maman va servir le dessert, si tu en veux.
– J’arrive. »
Quand tu sors, Mathieu est encore là. « Tu sais, je pense que tu as besoin d’aide. Je n’aime pas te savoir aussi mal, c’est pareil pour les parents, mais on ne sait pas quoi faire.
– Je vais bien, je suis juste fatigué en ce moment, c’est tout. »
Mathieu te regarde, peu convaincu par ta réponse. Tu n’as pas envie d’avoir cette conversation et retournes à table en espérant que ta mère ne revienne pas à l’assaut. Mathieu se rassoit. Du coin de l’œil, tu le vois secouer la tête en direction de votre mère, comme pour lui dire que ce n’est pas la peine d’insister.