Conseils pour les proches de personnes souffrant de dépression
Avant tout, il me semble pertinent de souligner d’emblée ce que la dépression n’est pas, afin de faire voler en éclats les idées préconçues et fausses à propos des personnes qui en souffrent.
« C’est un coup de mou, ça va passer » : Il y a confusion entre déprime et dépression. La première est passagère et réactionnelle, contrairement à la seconde, qui a des conséquences durables sur la psyché et le corps. Ce discours est extrêmement culpabilisant car il sous-entend que la dépression n’est pas une maladie, qu’elle est sans gravité et que l’on peut s’en sortir en faisant simplement preuve d’un peu de patience.
« Il faut te secouer » : Dans la même veine que ci-dessus, ce genre de phrases laisse entendre que se sortir de la dépression n’est qu’une question de volonté. Or, une personne qui connaît un épisode dépressif a trop peu d’énergie pour se débarrasser de ses symptômes sous le seul effet de sa volonté.
« C’est dans la tête » : Là encore, on tend à minimiser la gravité de la maladie, en faisant croire qu’il est facile de changer son mode de pensée pour basculer vers des idées positives, ce dont une personne en dépression est totalement incapable.
« C’est normal, il/elle vient de perdre un être cher » : La dépression est à différencier du deuil. Le sentiment de tristesse que provoque la mort d’un·e proche est naturel, contrairement à la sensation de douleur morale que connaît une personne en pleine dépression1.
« C’est juste dû à un manque de sérotonine » : La sérotonine est un neurotransmetteur synthétisé à partir de tryptophane et d’autres cofacteurs, qui joue un rôle d’antidépresseur naturel en agissant sur la régulation des humeurs et sur le sommeil en tant que précurseur de la mélatonine3. Une carence en sérotonine peut contribuer à une dépression mais une dépression ne se résume pas à une carence en sérotonine.
Voici des conseils pratiques si vous souhaitez aider une personne en pleine dépression :
• Évitez de lui demander si ça va, car cette question anodine lui rappellera que ça ne va pas. Préférez des formulations ouvertes de type « Comment tu te sens ? ».
• Raccrochez-la au présent et aux autres en lui demandant son aide pour des tâches mineures du quotidien (ranger la vaisselle, étendre le linge, etc.) ou son avis sur une situation que vous rencontrez dans un domaine sans rapport avec elle. Faites attention à ne pas la mettre potentiellement en situation d’échec en lui demandant d’accomplir quelque chose qui lui demanderait trop d’énergie et qu’elle ne pourrait pas faire.
• Demandez-lui quand elle est disponible pour une conversation téléphonique, une visite ou une promenade, plutôt que de les lui imposer à un moment où elle n’en a pas l’envie ou la volonté. Si vous sentez que la personne est hésitante, vous pouvez souligner le fait que cela vous ferait plaisir ou que vous avez des choses à lui raconter. Dans tous les cas, si la personne refuse, n’insistez pas au risque de la faire culpabiliser davantage.
• Ne l’entraînez pas dans des soirées ou des vacances où vous seriez nombreux, préférez les rassemblements en petit comité avec des gens qu’elle connaît. Une personne dépressive est généralement très fatiguée et se retrouver dans un large groupe, a fortiori composé de personnes qui ne lui sont pas familières, représente une surstimulation qui lui demande une énergie et une capacité d’adaptation qu’elle n’a pas et la met en situation d’échec, ce qui entraîne chez elle des sentiments de solitude et de culpabilité, ainsi que des pensées dévalorisantes.
• Rappelez-vous que vous n’avez pas la capacité de la sauver et que tout repose sur elle. Si c’est lourd à vivre pour vous, n’hésitez pas à faire appel à un·e professionnel·le de la santé.
Cette page contient des extraits de mon mémoire de fin d’études, La dépression : Approche naturopathique, éthique et locale.