« En fait, je ne sais pas trop ce que je veux faire », réponds-tu d’une voix lasse.
Ta mère pose sa fourchette. « Et donc, tu prévois de continuer à vivre comme ça le reste de ta vie ? »
Ton père l’interrompt. « Sylvie, laisse les enfants tranquilles. Il n’y a rien de mal à ne pas savoir quoi faire quand on a la vingtaine. Je me suis bien lancé dans le bâtiment alors que j’avais presque 40 ans. »
Ta mère n’est pas satisfaite par ce raisonnement et continue de te sermonner. « Je ne pense pas que ce soit normal que quelqu’un de ton âge ne sache pas quelle voie prendre. Tu dois vraiment y réfléchir ou tu ne feras jamais rien de te vie ? Tu-
– Maman, ARRÊTE ! », intervient Mathieu.
Tu as déjà essayé d’expliquer les choses à ta mère, en vain. Tu sens la colère monter et finis par exploser :
« Mais je réfléchis ! Je me demande tout le temps quoi faire, j’aimerais me sentir bien et épanoui mais je n’ai goût à rien ! Je me sens complètement paumé et des fois, je me dis que personne ne le remarquerait si je tombais raide mort d’un coup dans mon appartement. Je me sens à ma place nulle part, et j’ai beau chercher des réponses, je n’en trouve aucune. Alors arrête de me dire ce que je devrais faire, tu ne m’aides pas ! »
Ta mère reste muette, comme frappée au cœur. Ton père lui caresse doucement la main tout en t’adressant un sourire timide. La situation est intenable pour toi, tu décides de rentrer même si le repas n’est pas terminé. « Je suis désolé, je ne voulais pas plomber la soirée. Je suis vraiment fatigué, je vais rentrer.
– Tu es sûr ? demande ta mère. Si tu es trop fatigué, tu peux rester dormir tu sais.
– C’est gentil maman, mais je préfère partir. »
Mathieu t’accompagne jusqu’à la porte d’entrée. Il te prend dans ses bras et te serre fort. « Je suis fier de toi frérot. Ça va aller, laisse-toi le temps. Je t’aime. »
Tu repars, un peu soulagé d’avoir pu dire à ta mère ce qui te trotte dans la tête depuis si longtemps, et de constater que ton frère et ton père te soutiennent.